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Les livres

Colette

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Le pays de sa naissance.

Saint-Sauveur-en-Puisaye

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Photo : Joëlle

 

" Je m'appelle Claudine, j'habite Montigny; j'y suis née en 1884 ; probablement je n'y mourrai pas."

Cette phrase est la première du roman Claudine à l'école. Tout le monde sait que Montigny dissimule le nom du vrai pays de Colette, Saint Sauveur en Puisaye.

 

Dans les premières ligne de "Claudine à l'école" :

"Montigny -en-Fresnois, jolie petite ville de 1950 habitants, construite en amphithéâtre sur la Thaise; on y admire une tour sarrasine bien conservée..." 

Moi, ça ne me dit rien du tout ces descriptions-là ! D'abord, il n'y a pas de Taize; je sais bien qu'elle est censée traverser des près au dessous du passage à niveau; mais en aucune saison vous n'y trouverez de quoi laver les pattes d'un moineau.

Pour la jeune Claudine, (Colette), c'est plutôt :

"des maisons qui dégringolent depuis le haut de la colline... ça s'étage en escaliers au-dessus d'un gros château rebâti sous Louis XV et déjà plus délabré que la Tour Sarrasine, basse toute gainée de lierre et qui s'effrite par en haut un petit peu chaque jour."

 

 

 


            

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  La maison natale de Colette.   

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Mes quinze ans parés de long cheveux....

    

La maison natale de Colette,
Rue de l’Hospice  devenue rue Colette -  Photo P. Ayrault.

 

Evocation de la maison natale.

 

...Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d'orphelinat, son entrée cochère à gros verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait qu'à son jardin. Son revers, invisible au passant, doré par le soleil, portait manteau de glycine et de bignonier mêlés, lourds à l'armature de fer fatiguée, creusée en son milieu comme un hamac, qui ombrageait une petite terrasse dallée et le seuil du salon... Le reste vaut-il la peine que je le peigne, à l'aide de pauvres mots ? Je n'aiderai personne à contempler ce qui s'attache de splendeur, dans mon souvenir, aux cordons rouges d'une vigne d'automne que ruinait son propre poids, cramponnée, au cours de sa chute, à quelque bras de pin...

Colette - La maison de Claudine - Où sont les enfants ? 

 


 

   

La maison natale de Colette
Photo P. Ayrault.

La maison était grande, coiffée d’un grenier haut. La pente raide de la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie, à se blottir en contre-bas tout autour d’une cour fermée.

La maison de Claudine -  Où sont les enfants. 

 

Photo : Joëlle

 

Photo : Joëlle

Le jardin de la maison de Colette, coté rue des Vignes : 

"...je n'ai jamais connu cette grille que tordue, arrachée au ciment de son mur, emportée et brandie en l'air par les bras invincibles d'une glycine centenaire."

La maison de Claudine - Où sont les enfants.

 

Photo : Joëlle

La glycine a envahi les arbres alentours.

 

 

         

Photos P. Ayrault.

 

 

Photo : Joëlle

Le bâtiment qui abrite la mairie et l'école dont Colette décrit longuement l'inauguration dans Claudine à l'école.

 

 

Photo : Joëlle

Le château, actuel Musée Colette, et la Tour sarrasine.

 

 

Photo : Joëlle

Le mur du jardin d'en face. La maison que l'on voit est celle où a vécu Juliette, la demi-soeur aînée de Colette.

 

Nattée à l’alsacienne, deux petits rubans voletant au bout de mes deux tresses, la raie au milieu de la tête, bien enlaidie avec mes tempes découvertes et mes oreilles trop loin du nez, je montais parfois chez ma sœur aux longs cheveux. À midi, elle lisait déjà, le grand déjeuner finissant à onze heures. Le matin, couchée, elle lisait encore. Elle détournait à peine, au bruit de la porte, ses yeux noirs mongols, distraits, voilés de roman tendre ou de sanglante aventure.

La maison de Claudine - Ma sœur aux longs cheveux.

 

Photo : Joëlle

Le lavoir du petit Saint-Jean où Colette allait chercher de l'eau.

 

Photo : Joëlle

L'étang des Barres près de Saint-Sauveur. Dans Claudine à Paris, Colette évoque une cuvette profonde comme cet étang.

 

 

Photo : Joëlle

Le bas de la rue Colette, au fond on voit l'église.

 

Photo : Joëlle

Elle a la particularité de ne plus avoir de clocher : il a été détruit à plusieurs reprise par la foudre et, lassés, les Sansalvatoriens ont décidé de ne plus le reconstruire.

 

 

Le dimanche, elle manquait rarement la messe. L’hiver, elle y menait sa chaufferette, l’été son ombrelle ; en toutes saisons un gros paroissien noir et son chien Domino, qui fut tour à tour un bâtard de loulou et de fox, noir et blanc, puis un barbet jaune.
Le vieux curé Millot, quasi subjugué par la voix, la bonté impérieuse, la scandaleuse sincérité de ma mère, lui remonta pourtant que la messe ne se disait pas pour les chiens.

 

Elle jetait sur ses épaules sa « visite » en cachemire noir brodée de jais, coiffait sa petite capote à grappes de lilas foncés, et s’en allait, de ce pas en effet, ce pas inimitable et dansant — la pointe du pied en dehors, le talon effleurant à peine la terre — sonner à la porte de M. le curé Millot, à cent mètres de là. J’entendais, de chez nous, la sonnette triste et cristalline, et j’imaginais, troublée, un entretien dramatique, des menaces, des invectives, entre ma mère et le curé-doyen… Au claquement de la porte d’entrée, mon cœur romanesque d’enfant répondait par un bond pénible.

 

La maison de Claudine - Ma mère et le curé. 

 


La porte cochère - La "loge" de Colette
Photo P. Ayrault.

 

 

 

C'est d'abord dans cette petite chambre, suspendue au dessus de la porte cochère, que Colette passa une partie de son enfance.

 

...Quittant ma tanière enfantine - une ancienne logette de portier à grosses poutres, carrelée, suspendue au dessus de l'entrée cochère et commandée par la chambre à coucher de ma mère - je dormais depuis un mois dans le lit que je n'avais jamais osé convoiter, ce lit dont les rosaces de fonte argentée retenaient dans leur chute des rideaux de guipure blanche, doublés d'un bleu impitoyable.

 

Colette - La maison de Claudine  - L'enlèvement.

 

 


 

 

 

Retour de Paris.

 

...Ces cubes sans jardins, ces logis sans fleurs où nul chat ne miaule derrière la porte de la salle à manger, où l'on n'écrase pas, devant la cheminée, un coin du chien traînant comme un tapis, ces appartements privés d'esprits familiers, où la main, en quête de cordiale caresse, se heurte au marbre, au bois, au velours inanimés, je les quittai avec des sens affamés, le besoin véhément de toucher, vivantes, des toisons ou des feuilles, des plumes tièdes, l'émouvante humidité des fleurs... Comme si je les découvrais ensemble, je saluai, inséparables, ma mère, le jardin et la ronde des bêtes. L'heure de mon retour était justement celle de l'arrosage, et je chéris encore cette sixième heure du soir, l'arrosoir vert qui mouillait la robe de satinette bleue, la vigoureuse odeur de l'humus, la lumière déclinante qui s'attachait, rose, à la page blanche d'un livre oublié, aux blanches corolles du tabac blanc, aux taches blanches de la chatte dans une corbeille.

Colette 

 


Ma bourgogne pauvre.

 

Point de pampres au-dessus de mon berceau, si ce ne fut quelque treille bordant un mur, des tonnelles bien épaisses sous lesquelles la grappe trop ombragée s'étire, maigrit, et ne mûrit que si l'arrière-saison se fait brûlante. Les jours d'automne torrides ne sont pas rares en Auxerrois. Le terroir s'y réclame de la vraie Bourgogne et jusqu'à notre Puisaye étend le rude rayon, la sonore gelée qui sur la Côte-d'Or apprêtent les grands vins. Veuf de ceps, mon pays natal buvait du vin. Le petit bourgogne anonyme y coulait en chopines, en setiers et demi-setiers, en verrinées. Il signait sa présence et sa vogue, sur les tables de bois grattées au tesson de verre, en cercles violâtres indélébiles. Les soirs d'hiver, le vin jeune - six sous le litre - bouillait à pleins pots, et dans son écume rose dansaient la rouelle de citron et l'épave de cannelle, pêle-mêle avec les dix grains de poivre et les radeaux des rôties naufragées.

Colette - En pays connu.

 


Les bois.

 

Chers bois ! Je les connais tous ; je les ai battus si souvent. Il y a les bois-taillis, des arbustes qui vous agrippent méchamment la figure au passage, ceux-là sont pleins de soleil, de fraises, de muguet, et aussi de serpents. J'y ai tressailli de frayeurs suffocantes à voir glisser devant mes pieds ces atroces petits corps lisses et froids ; vingt fois je me suis arrêtée, haletante, en trouvant sous ma main, près de "la passe-rose", une couleuvre bien sage, roulée en colimaçon régulièrement, sa tête en dessus, ses petits yeux dorés me regardan ; ce n'était pas dangereux, mais quelles terreurs ! Tant pis, je finis toujours par y retourner seule ou avec des camarades ; plutôt seule, parce que ces petites grandes filles m'agacent, ça a peur de se déchirer aux ronces, ça a peur des petites bêtes, des chenilles velues et des araignées des bruyères, si jolies, rondes et roses comme des perles, ça crie, c'est fatigué, insupportables enfin.

Colette - Claudine à l'école.

 


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