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Les livres
Colette

LA DAME DU PALAIS-ROYAL

 

 

Photo Janine Niepce

 

Colette a beaucoup déménagé. Pour certains, un déménagement équivaut à un tremblement de terre ! Pas pour Colette. Elle étonna toujours le monde par sa facilité à changer de logis, (elle raconte cela dans "Trois-six-neuf").
Colette quelques heures après s'être installée dans son nouveau logis paraissait y être depuis des jours... Tout était en place, les vases sur les meubles, la bouilloire sur la table, et la maitresse de maison lisant assise dans un fauteuil.

Colette habita deux fois le Palais-Royal. D'abord l'entresol que son médecin lui conseilla de quitter pour raison de santé...

 

 

Les jardins, le Palais Royal
Photo : Anne-Françoise

 

Colette se demandait : " Mais où irais-je cette fois de plus ? L'après guerre dépouillait Paris de tous les écriteaux "à louer". C'est alors qu'imprévu, non désiré, plutôt craint, s'arrondit au dessus de ma perplexité une courbe d'arc-en-ciel : le cintre d'une fenêtre d'entresol, sur le jardin du Palais-Royal."

"Un loyer modeste, un plafond que je touchais de la main -- deux mètres vingt-deux -- une étendue toute en longueur dont je pourrais à ma guise distribuer à mon gré les quatorze mètre soixante-dix : voilà les tentations que m'offrit le hasard."

Colette profite des jardins, et des lieux proches : les Halles, les rues jalonnées de restaurants, "les tuileries en guise de parc". Mais dans ce logis, Colette doit allumer ses lampes en plein midi : le soleil n'y entre pas ! Le second hiver, Elle y gagne une sérieuse bronchite. Puis les autres hivers lui ressemblent... 

 

 



Colette et la chatte.
On distingue à l'arrière plan l'arc des entresols du Palais royal



Un jour, son médecin lui dit "Je trouve que vous avez assez joué dans cette cave".
"Le mot "déménager" tomba dans mon oreille habituée", dit Colette. C'est ainsi qu'elle se retrouva à l' hôtel "Claridge".

Mais elle n'en avait pas fini avec le palais royal.

Elle qui avait envié "l'étage noble"  eut un jour la chance de pouvoir y revenir.

 


Photo : Anne-Françoise

 

Colette aima beaucoup son appartement du Palais-Royal, ou elle devait finir sa vie. C'est là que la légende de la "Dame du Palais Royal se construisit. Si cet appartement fut sa dernière demeure, Colette continua à déménager sur place, changeant meubles et lit de place. Son "radeau", comme elle nommait son lit, vogua d'un mur à l'autre, le fidèle "fanal bleu" éclairant la page d'écriture. Parmi tous les livres merveilleux écrits au Palais Royal, on doit citer trois titres où ces lieux sont décrits, où l'on voit Colette et "son meilleur ami" deviser, où Colette, les yeux fermés rêve au passé, où elle pose son regard aiguisé sur le fruit, la fleur, le visage... Ces trois livres de chroniques, de discours familiers, sont :


De ma fenêtre  1942

Une abeille est entrée chez moi, la première de la saison. Elle a trouvé --elle les avait sentis de loin-- son butin sur les "minons" de saule, venus de la banlieue, et dont l'odeur est l'odeur même du miel. D'où arrivait l'abeille ? Le centre de Paris, Tuileries et Palais Royal bourgeonnent sans fleurs. Quelques forsythias décorent de jaune les squares, mais le forsythia est si pauvre en nectar ! L'abeille citadine a chargé de pollen, pris aux "minons" ses cuisses postérieures, et s'étant ainsi chaussée de plus-four bouffants, elle m'a quittée sans même prendre le temps de laper un peu d'eau sucrée , préparée pour elle dans une cuiller  à manche cassé, que j'encastre comme une petite baignoire dans la terre d'un pot à fleurs. Elle venait de loin, elle s'en allait loin...


L'étoile vesper 1946

Toute ma vie, je me suis donné beaucoup de peine pour des inconnus. C'est qu'en me lisant ils m'aimaient tout à coup, et parfois, ils me le disaient. Évidemment, je ne compte pas sur un ouvrage de tapisserie pour les conquérir désormais... Comme il est difficile de mettre un terme à soi même... S'il ne faut qu'essayer, c'est dit, j'essaie.
Sur une route sonore s'accorde, puis se désaccorde pour s'accorder encore, le trot de deux chevaux attelés en paire. Guidée par la même main, plume et aiguille, habitude du travail et sage envie d'y mettre fin lient amitié, se préparent, se réconcilient... Mes lents coursiers, tachez à aller de compagnie : je vois d'ici le bout de la route.


Le fanal bleu 1949

Je voulais que ce livre fut un journal. Mais je ne sais pas écrire un vrai journal, c'est à dire former grain après grain, jour après jour, un de ces chapelets auxquels la précision de l'écrivain, la considération qu'il a de soi et de son époque, suffisent à donner du prix, une couleur de joyau. Choisir, noter ce qui fut marquant, garder l'insolite, éliminer le banal, ce n'est pas mon affaire, puisque, la plupart du temps, c'est l'ordinaire qui me pique et me vivifie. A me promettre de ne plus rien écrire après L'étoile Vesper, voilà que je couvre deux cent pages, ni mémoires, ni journal. Que mon lecteur s'y résigne : lampe de jour et de nuit, bleue entre deux rideaux rouges, étroitement collée contre la fenêtre comme un des papillons qui s'y endorment le matin, en été, mon fanal n'éclaire pas d'évennements de taille à l'étonner.

 



Colette à sa fenêtre
Photo : Pierre Jahan

 

Photo : Anne-Françoise

Le Palais Royal et ses rosiers. Colette avait une superbe vue sur ces jardins... Elle regardait passer les parisiens, pousser les plantes et les arbres, jouer les enfants, venir les nuages... 

 


 

 

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