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ARTHUR RANSOME



 

Les numérisations


par Michel 91

 

Mais d'où viennent donc les couvertures représentées sur le bandeau ci-dessus ? On ne les voit dans aucune des autres pages du site consacrées à Arthur Ransome. Rageot-éditeur se serait-il finalement lancé dans une réédition de la série ?

Non, hélas, rien n'a changé de ce côté-là et les différents titres français sont toujours aussi rares et difficiles à trouver sur le marché de l'occasion. Ces couvertures, ce sont celles des versions numériques de ces sept livres (chacune d'elle a été faite à partir d'un des dessins pleine page présents dans le livre).

Oui, il existe des versions numériques des sept titres français. Non, vous le  les trouverez pas en vente sur Internet.

Je les ai réalisées personnellement au fil des années, celle d'Hirondelles et Amazones au milieu des années 90, et les six autres en  2013 et 2014. Et la première de ces numérisations qui, vous le voyez, a été faite très longtemps avant les autres, est le résultat de circonstances très particulières et très personnelles.

     »»»»» Plus de détails sur cette histoire personnelle

Proposition à Rageot-éditeur

Depuis très longtemps, je déplorais de voir ces livres, indisponibles depuis les années 70, tomber dans l'oubli. Mais je ne voyais aucun moyen de les en sortir. Puis, récemment, la vague des livres numériques, des liseuses, des tablettes, m'a semblé fournir une opportunité de le faire. Mon expérience avec Hirondelles et Amazones m'avait montré que la numérisation de livres était tout à fait à la portée de particuliers. J’ai alors repris (en l’améliorant grandement) le fichier Word issu de mon premier travail, puis ai numérisé progressivement tous les autres titres. Mais comment (légalement, bien sûr) les diffuser ?

G.T. Rageot, éditeur de la série, était entre temps devenu Rageot-éditeur. Supposant qu'ils étaient toujours détenteurs des droits sur les livres, je me suis donc adressé à eux en juin 2013, en soulignant le grand succès que continuaient à remporter les livres dans nombre de pays, et leur ai demandé s'ils pouvaient envisager de donner une seconde vie, sous forme numérique, aux sept titres de la série.

Pour ce faire, je leur ai proposé de mettre gracieusement à leur disposition les numérisations que j'avais déjà effectuées pour cinq d'entre eux sous forme de fichiers Word, PDF et ePub.

La réponse que j'ai reçue émanait directement du service juridique de l'éditeur. Elle disait :

   – Qu'ils avaient publié dans les années 45-50 ces romans suite à l’achat des droits de traduction auprès de l'éditeur anglais, via un contrat de cession de droits. Mais que ce contrat avait expiré.

   – Qu'en conséquence, ils étaient titulaires des droits sur les traductions françaises des œuvres d’Arthur Ransome, mais ne pouvaient plus les diffuser, que ce soit sous forme papier ou numérique, sauf s'ils signaient à nouveau un contrat avec l'éditeur anglais. Mais qu'ils n'envisageaient absolument pas de le faire.

   – Que, de mon côté, je ne devais pas diffuser mes numérisations, car cela constituerait un délit de contrefaçon.

Une situation de blocage

Cette fin de non-recevoir soulignait pour moi l'absurdité de la situation : des livres abandonnés par leur éditeur depuis une cinquantaine d'années, épuisés et sans espoir de réédition, même sous forme numérique, mais interdits de diffusion !

Je n'avais pas été le seul à éprouver cela puisque, quelques mois auparavant, était paru au Journal Officiel le décret d'application de la loi du 1er mars 2012 sur les livres indisponibles du XXème siècle, qui visait à donner un cadre légal à la diffusion d'ouvrages indisponibles mais toujours protégés par le droit d'auteur.

J'ai eu pendant un moment l'espoir de faire bénéficier les sept livres de ces dispositions et de les inscrire sur la liste ReLIRE de la BNF mais, après une phase de flottement, les responsables ont décidé que les traductions d'ouvrages étrangers ne pourraient pas y figurer.

Mes versions numérisées des sept livres de la série sont maintenant bien au point, et me semblent d'une qualité satisfaisante. Mais la loi sur le droit d'auteur m'en interdit toute diffusion publique. Par contre, reproduire dans un cadre privé (et sans but lucratif) n'est pas interdit, et j'ai pu offrir quelques copies numériques à des proches, familles ou amis.

La BNF a, de son côté, numérisé tous les livres sauf Hirondelles et Amazones dans le cadre de la bibiothèque Gallica. Mais – droit d'auteur oblige – ils sont consultables uniquement sur place. J'ignore pour le moment si documents produits par ces numérisations ont pris la forme de "vrais" livres numériques (au format ePub par exemple), ou s'ils sont seulement composés de scans-images des pages papier. Je vous en dirai plus dès que possible.

Pendant combien de temps ?

En France et dans beaucoup de pays, la loi sur le droit d'auteur protège les originaux d'Arthur Ransome pendant 70 ans après sa mort (en 1967), donc jusqu'au 31 décembre 2037, et même peut-être au-delà pour les versions françaises, car  les traductions de Germaine Guillemot-Magitot (1881 - ????) bénéficient des mêmes règles de protection. Si elle est morte après 1967, ce qui est peu probable mais possible, la durée de protection s'étendra au-delà de 2037.

Diffusion au Canada, en 2018 ?

Dans ce pays, la durée de protection est seulement de 50 ans après la mort de l'auteur. Ses livres y seront donc libres de droits à partir du 1er janvier 2018. Mais les seuls achats légaux seront ceux effectués au Canada et dans les pays ayant des règles similaires. Même avec cette clause restrictive, ce sera un progrès par rapport à la situation actuelle et (sauf protection prolongée des traductions françaises) je compte bien à cette date mettre mes versions numériques à la disposition d'un site québécois de téléchargement légal, comme par exemple l'excellent Ebooks libres et gratuits.

De nos jours, l'impression à la demande permet, à partir des fichiers numériques, de produire à l'unité des ouvrages papier de bonne qualité (je l'ai fait, à titre expérimental), pour un coût modique : environ 11 $ canadiens, soit 8 €, pour un livre de 300 pages. Eux aussi auront droit de diffusion au Canada, dans le même cadre juridique.

Que peut-on espérer d'autre ?

La situation actuelle est très frustrante pour qui veut rendre vie à des œuvres, mais il faut garder espoir que des blocages dont les raisons n'ont rien à voir avec la protection de la création artistique finiront par céder devant les nouvelles possibilités de diffusion de la culture offertes par le développement des techniques numériques, et que les prochaines années verront les choses évoluer.

Un projet de directive européenne sur le droit d'auteur est d'ailleurs en chantier depuis plusieurs mois. Aboutira-t-elle à une amélioration, ou au contraire à une aggravation des rigidités actuelles ? Croisons les doigts...

 

 

Dernière mise à jour le 16 novembre 2015 par Michel 91 et Serge SOHIER

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